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Transport maritime :Le port de Douala menacé de paralysie générale

Une autorisation d’exercer accordée à un second syndicat d’acconiers par le directeur général du Port autonome de Douala (Pad) à l’origine de vives tensions avec les dockers du syndicat existant. Plus de 15 navires bloqués ce samedi 3 septembre pendant 6 heures.

Ce samedi 3 septembre 2011, près de 1 500 dockers du Groupement professionnel des acconiers du Cameroun (Gpac) en service au port autonome de Douala (Pad) ont observé un arrêt de travail d’environ 6 heures. Par conséquent, tous les navires à quai, 15, d’après Lin Dieudonné Onana Ndoh, le secrétaire général du Gpac, sont restés immobilisés pendant tout ce temps. Avec leur contenu. Il était impossible de faire la moindre manœuvre. Les membres de l’équipage, cloitrés à bord, sont restés impuissants face à cette invasion, qui a commencé le 29 août 2011, au quai n°2, vers les installations du Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic). Ce jour-là, le navire poissonnier MW Frio Melchior, le premier du genre à être accosté par le Syntrac, est totalement envahi par les dockers en furie du Gpac qui s’opposent au déchargement de son contenu, le poisson notamment.La descente des autorités judiciaires et administratives permet de décanter la situation. Une joie de courte durée. Puisque, le vendredi 2 septembre, les mêmes dockers lancent un autre assaut. Tout est encore immobilisé pour plus d’une demi-journée. Une grosse perte pour le syndicat d’acconiers et pour les importateurs, mais une manne pour l’armateur. Car, apprend-on, un le séjour moyen passé par un navire à quai est de 3 millions de Fcfa par jour. A l’origine de cette invasion, la présence au port des dockers d’un autre syndicat : le Syntrac (Syndicat de transit, transporteurs et acconiers du Cameroun) notamment. D’après les dockers du Gpac, leurs homologues n’ont pas le droit d’intervenir au Pad.

Définir les règles logistiques
Un argumentaire vite battu en brèche par Gallus Fouda, le président du Syntrac. Ce dernier dit avoir obtenu l’autorisation de l’actuel directeur général du Pad qui, d’après lui, date du 23 décembre 2010. Il n’hésite pas d’ailleurs à présenter brièvement au reporter le cahier des charges signé de Jean-Marcel Dayas Mounoume, ainsi qu’une batterie de correspondances signées par les deux parties. C’est ce document qui, d’après lui, autorise le Syntrac à intervenir au Pad, et surtout à construire un centre d’embauche. «Une parcelle a été attribuée au Syntrac à la zone en aval du domaine portuaire », souligne Gallus Fouda, en pointant du doigt une disposition du cahier des charges. «Nous avons obtenu l’autorisation de construire le centre d’embauche de quai pour le recrutement des dockers. Le port nous a octroyé 1200 mètres carrés pour cela, et les travaux de construction dudit centre sont en cours », rappelle Gallus Fouda, précisant que «Nos activités s’étendent sur tout le port ».
Comme pour dire que les dockers du Syntrac vont intervenir dans toute la zone portuaire. Ce qui, pour Lin Dieudonné Onana Ndoh, risque de créer un désordre chronique au port. «Deux syndicats ne peuvent pas avoir compétence sur les mêmes aires. Car, cela va occasionner un véritable bordel et il sera difficile d’établir les parts de responsabilité », soutient le secrétaire général du Gpac, en faisant une précision de taille. «Le Gpac n’a pas de problèmes avec le Syntrac. Il faut que cela soit clair. Le Gpac a réagi de la sorte par souci de sécurité au port. Cela fait plus de 60 ans que nous travaillons au port. Quelqu’un ne peut pas venir entrer comme cela sans que nous soyons informés de quoi que ce soit et nous restons indifférents. Car, s’il y a des voies de fait sur la marchandise d’autrui, c’est le Gpac qui en sera responsable », commente Onana Ndoh. Ce dernier dit en effet qu’il n’était au courant de rien. «La personne qui m’a informé c’est le procureur général près la cour d’appel du Littoral », soutient-il. «Le DG du Pad est le patron du port. Il nomme qui il veut. Seulement, nous pensons quand même qu’il devait nous faire asseoir pour qu’on définisse ensemble les règles logistiques de fonctionnement. Et chacun se retire sur son espace que le Pad lui aura confié. Nous ne sommes pas des bricoleurs, mais des professionnels », développe l’ingénieur du génie civil.
Arrêt de travail
La pensée du SG du Gpac est d’ailleurs contenue dans une correspondance adressée à Jean-Marcel Dayas Mounoumé le 2 septembre 2011. «Nous vous demandons de manière expresse et urgente de définir les nouvelles règles d’exploitation portuaire. A défaut, nous déclinons nos responsabilités quant aux dysfonctionnements et à la déréglementation qui pourraient en résulter », écrit Lin Dieudonné Onana Ndoh.Le port de Douala court donc un sérieux risque. Car, si une solution urgente n’est pas trouvée par le Pad, le donneur d’ordre, on s’achemine résolument vers une paralysie générale d’activités de l’unique véritable port du Pays. Les dockers du Gpac sont décidés à observer un arrêt de travail sur toutes les branches du port. Ce qui pourra alors occasionner des conséquences énormes pour l’économie camerounaise. Le ministre des Transports (Mintrans) est conscient de la menace. C’est pour cette raison qu’il est annoncé ce mercredi à Douala pour tenter d’apaiser les esprits déjà surchauffés. Du côté du Pad, en dehors d’un jeu d’échanges de correspondances, il n’y a encore aucune réaction officielle. Mais, les sources généralement bien informées confirment la délivrance de l’autorisation au Syntrac.
Le Gpac gère le port depuis le 21 novembre 1948 et est constitué de tous les grands acconiers étrangers et Camerounais. Maersk, Sdv, Saga, Socopao, le groupe 2M, 3T, Transimex, etc. Le Syntrac, par contre, est constitué essentiellement de Pme camerounaises. Ses quatre membres sont Carrefour Logistique, Cam Transit, Queens Transit et Equatorial Transit. Mais la direction générale n’entend point créer un conflit entre nationaux et étrangers.

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